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La loi du juste retour

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Pierre Sparaco

Le différend qui oppose EADS et le gouvernement allemand à propos du non versement d’une avance remboursable de 600 millions d’euros relative à l’A350 XWB pose une nouvelle fois la question du financement étatique des grands programmes industriels privés.


Le torchon brûle entre Toulouse et Berlin, pour des raisons qui n’en sont pas. Le gouvernement allemand refuse obstinément de payer à Airbus le solde de 600 millions d’euros couvrant des avances remboursables destinées à financer l’A350 XWB. L’équipe d’Angela Merkel, une fois de plus très revendicative, justifie ce nouveau « niet » en affirmant que l’avionneur européen devrait placer outre-Rhin des investissements supplémentaires en matière de recherche et développement.

En clair, et pour reprendre un vocable qui était en vogue il y a bien longtemps, Berlin exige l’application de la loi du juste retour. Jadis, les pays « achetaient » des compensations économiques à l’occasion de leur entrée dans un programme industriel, aujourd’hui l’Allemagne reprend cette méthode surannée. C’est-à-dire diamétralement opposée aux exigences d’une saine gouvernance, celle qui donnerait la priorité absolue aux purs intérêts des industriels. On imagine volontiers que Tom Enders, président exécutif d’EADS, se retrouve au bord de la crise de nerf, au point d’envisager des mesures de rétorsion.

On comprend aussi, à cette occasion, que la garde rapprochée d’Angela Merkel considère qu’Enders n’est pas suffisamment allemand (sic). Il a prouvé, en effet, qu’il est citoyen du monde, « supranational » sans être apatride pour autant. Aussi des requêtes régionalistes n’ont-elles pas de sens à ses yeux.

Sans doute un compromis sera-t-il trouvé dès les prochains jours dans l’espoir de calmer le jeu. Mais il conviendra de tirer les leçons de ce nouvel incident de parcours, des leçons extrêmement décevantes. Quoi qu’on dise, dans le cadre de discours officiels, Allemands et Français d’EADS/Airbus ne parlent toujours pas la même langue et les nationalismes à l’ancienne sont toujours bien réels. Du coup, on se souvient, notamment, des propos tenus par Christian Streiff, éphémère patron d’Airbus, qui avait dénoncé les hiérarchies parallèles qui affaiblissaient l’avionneur. Il aurait mérité d’être écouté plus attentivement.

Tom Enders, pour sa part, est parvenu, en partie tout au moins, à passer de la théorie à la pratique. Mieux, il a eu le courage et l’audace de mettre un terme à l’aberration du double siège social et d’installer la haute direction du groupe à Toulouse. On imagine volontiers qu’à Berlin, des esprits chagrins le lui reprocheront longtemps.

Reste l’essentiel : la notion d’avances remboursables a-t-elle encore un sens ? Au-delà des interminables passes d’armes qui ont pour décor l’Organisation mondiale du commerce, la tentation est grande de reprendre l’argumentation de Boeing : un concurrent qui détient la moitié du marché mondial des avions commerciaux de plus de 100 places, qui dispose d’une gamme complète qui repose sur ce qu’il est convenu d’appeler l’état de l’art, qui contribue largement à donner le ton au transport aérien mondial, peut-il encore justifier de faire appel à des financements étatiques ?

Certes, on peut rétorquer que Boeing bénéficie des effets induits bénéfiques de commandes militaires ou encore des travaux de pointe de la NASA. Mais EADS fonctionne, tout bien réfléchi, dans un contexte similaire. Mieux, si Angela Merkel n’avait pas opposé son veto à la prise de contrôle de BAE Systems par EADS, le groupe européen bénéficierait aujourd’hui d’une meilleure répartition entre activités civiles et militaires. Ce qui revient aussi à dire que le secteur aérospatial mérite plus que jamais de voler de ses propres ailes. Une évidence que la chancelière n’a toujours pas comprise.

Pierre Sparaco

Le programme A350 XWB au coeur d'un bras de fer
La réussite et le poids économique d’Airbus sont bien connus des politiques.
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Pierre Sparaco

View Comments

  • La loi du juste retour
    Les aides percues par Boeing via ses programmes militaires sont du vent.
    Je suis bien place pour savoir qu'il y a un mur infranchissable entre les activites civiles et militaires meme au niveau d'un motoriste pour lequel je travaille.
    Par exemple,les gens su service MRO du programme F119 turbofan n'ont pas le droit de communiquer sous quelque forme que ce soit avec leurs homologues des proframmes civils et vice versa.
    Les memes cloisonnements existent chez Boeing pour d'evidentes questions de confidentialite.

  • La loi du juste retour
    Guéguerre psychologique, rien de plus. Le "trésor de guerre" d'Airbus devrait lui permettre de se passer à l'avenir de cette facilité, ce qui lui donnera plus de poids dans la lutte qu'il entreprend de son coté contre les avantages notoires dont bénificie Boeing.

    • La loi du juste retour
      deux cartons rouge au Gouvernement Allemand, le premier pour avoir refusé le rapprochement avec BEA, le deuxième pour bloquer le développement des activités d' Airbus en refusant l'avance de fonds rembourssable
      un jour, il faudra bien que TOUS ces problèmes soient réglés sur le plan Européen, un exemple, aux USA, combien d' Etat, voir le drapeau...et qui discute ?
      une seule voix, sauf pour voter, ce qui est normal, mais la décision finale, c'est qui ?

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Pierre Sparaco

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